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Interview de Jean-Marie Reynaud
Par Rohan LE BELLEGUIC
Tout d’abord,
je tiens à vous remercier de répondre à ces quelques questions retraçant
votre parcours. RLB : Comment
a commencé l’entreprise Jean-Marie Reynaud et pourquoi avoir choisi
l’acoustique ? JMR : Elle a débuté en 1967. J'ai choisi
la haute fidélité en raison de ma double formation de technicien et
de musicien et de ma vraie passion pour la musique. RLB : Quels sont les modèles
qui ont eu le plus de succès depuis le lancement de la société Jean-Marie
Reynaud ? JMR : Beaucoup de modèles ont fait une grande
carrière. Ceux qui ont le plus marqué les esprits sont la 2008, la
DUO, la SONATE, l'OPERA, l'OPUS et aujourd'hui l'OFFRANDE qui fait une carrière internationale éblouissante . RLB : Analysez-vous
les enceintes de la concurrence ? JMR : Jamais.... je reste fidèle à mes idées
et à mon travail de laboratoire. Bien sûr j'écoute des produits concurrents
mais je ne m'en inspire jamais. RLB : Au
cours de ces trente dernières années, quelles ont été selon vous les
plus grandes innovations technologiques (matériaux, membranes, calculs
informatisés …) ? JMR : Au delà des nouveaux matériaux (qui
sont souvent plus nés de concepts marketing que de vrais progrès)
c'est la qualité des assemblages, des collages les précisions d'usinage
la qualité des aimants et les méthodes de mesures qui ont le
plus fait progresser la qualité. L'informatique a ouvert des voies
d'analyse que l'analogique ne permettait pas. RLB : Lors
du processus de conception d’une enceinte, quelle est la part de la
mesure et celle de l’écoute ? JMR : La mesure occupe l'essentiel du temps
de développement. L'écoute n'est là que pour confirmer ou infirmer
les résultats du laboratoire. En aucun cas une modification est faite
à l'oreille. Si le résultat ne semble pas satisfaisant à l'écoute
alors on procède à de nouveaux cycles de mesures et on opte quelquefois
pour d'autres solutions techniques. L'oreille aide à faire des choix,
elle les valide, c'est tout. RLB : Vous
avez connu un succès retentissant avec l’Offrande, d’ailleurs celle-ci
fête ces 10 ans cette année, comment a-t-elle été conçu au départ
et comment expliquez-vous son succès ? JMR : Ce fut un pari technique un peu fou.
Je voulais des performances techniques et musicales du plus haut niveau
possible sous un encombrement minimal. Son étude technique a duré 3 ans, pendant cette période aucune écoute n'a été faite....seuls des quantités de choix techniques ont été expérimentés et seuls les plus satisfaisants ont été retenus. L'écoute a validé ces choix au bout de 3 ans et ce fut un moment d'intense émotion pour moi et mes collaborateurs. Depuis cette époque OFFRANDE a tout
naturellement continué d'évoluer en fonction des avancées techniques
faites au laboratoire, mais sa base technique fondamentale est restée
la même ce qui prouve qu'elle était bonne... Cette base inchangée
nous permet aujourd'hui de faire évoluer toutes les générations d'OFFRANDE
en "dernière mouture" pour la plus grande joie des nombreux
propriétaires de ce modèle. Son succès est lié à ce qu'elle est....
non pas "un" instrument de musique mais "tous"
les instruments de musique. Son exactitude de timbres (seul paramètre
réellement quantifiable) fait qu'elle échappe aux "écoles"
et est aimée pour ce qu'elle est aux 4 coins de la planète par des
gens dont les cultures sont très dissemblables. Aucun importateur
ne m'a demandé une "adaptation" pour répondre aux attentes
de sa clientèle. RLB : L’Offrande est devenue l’enceinte de référence dans la gamme
Jean-Marie Reynaud, pensez-vous encore la faire évoluer d’ici quelques
années ou tout simplement l’arrêter pour laisser place à un notre
modèle ? JMR : Je la crois définitivement aboutie mais...sait-on
jamais.... Difficile pour moi de lui trouver une remplaçante dans
l'état actuel de mes connaissances et de mes travaux, peut-être parce
qu'elle est la quintessence de toutes mes aspirations, de tous mes
désirs et de toutes mes compétences. RLB : Que
pensez-vous du home cinéma et des nouveaux supports SACD/DVD Audio ? JMR : Le home cinéma n'implique pas les mêmes
exigences que la haute fidélité car l'esprit est distrait par l'image
ce qui émousse la perception qualitative. Les bandes son cinéma sont
mixées pour produire des effets "irréalistes" qui font partie
du spectacle global. Ces "caricatures sonores" deviennent
malheureusement une référence musicale pour beaucoup. Je crois à l'audio multicanal car il apporte une dimension géométrique à la musique que la stéréo ne permettra jamais d'atteindre, en particulier une perception de la salle où a été fait l'enregistrement qui fait partie de la musique et que les systèmes à deux canaux occultent. Bien entendu le goût de l'ingénieur du son est prépondérant et hélas aujourd'hui beaucoup de disques multicanaux utilisent les effets à outrance ce qui leur enlève tout réalisme et toute vérité......mais j'ai confiance. Aujourd'hui il faut faire entendre 5
canaux aux consommateurs néophytes, quand ils auront compris alors
on leur fera "sentir" les 5 canaux et la vraie dimension
géométrique de la musique pourra s'installer. RLB : Pour
terminer, quels sont vos disques préférés ? JMR : J'ai horreur des disques de "démo"
et ma discothèque (très fournie) n'est constituée que des disques
choisis en fonction de leurs qualités musicales (quand on trouve l'interprète
et la prise de son alors c'est le bonheur...). Mes goûts et ma culture
me portent vers la musique classique (du 17ème au début
du 20ème siècle). J'ai un penchant particulier pour le
piano (normal je suis pianiste) et la musique de chambre qui est pour
moi la quintessence de la musique. J'aime énormément l'opéra et je
dois le dire j'ai une grande tendresse (un amour!!!) pour Cecilia
Bartoli qui porte en elle la joie et la beauté de la musique. Nos remerciements
à Jean-Marie Reynaud pour cette interview.
Si vous souhaitez avoir
plus d’informations sur la société et sur la gamme des produits, visitez son site web :
http://www.jm-reynaud.com © Audiophilefr – juillet 2004 |