Platines, bras et cellules...
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La platine, suite...

- Masse du plateau

Quel que soit le système retenu, un plateau lourd est la meilleure assurance :

- contre les vibrations résiduelles du moteur ("rumble"),
- contre les irrégularités de rotation dûes au moteur ou à la transmission,
- contre les vibrations parasites qui se propagent dans le disque.

On s'est aperçu que les platines qui donnaient le plus de satisfaction avaient toujours un plateau lourd (jusqu'à plusieurs kilos), réalisé selon des cotes très précises, dans un matériau très neutre (zamac, verre massif, plexiglass massif...)

Thorens indiquait vers 1980 que c'était le rapport entre la masse du bras et celle du plateau qui comptait ; mais les audiophiles n'étaient qu'à moité convaincus : les grosses et lourdes platines sonnaient si bien ...

 

Les platines aux plateaux sonores "comme des cloches" ont disparu dans les années 70-80.
Sur un plateau très neutre, on respecte au mieux les fragiles vibration du sillon...

Il y a eu aussi des tentatives pour supprimer le plateau, comme sur les platines Scientelec des années 70, où celui-ci était remplacé par trois bras portant des plots de caoutchouc.
Ce système était sensé respecter au mieux le disque (peu de contacts) ; mais la matière du disque n'était pas du tout amortie puisque l'essentiel du vinyle ne reposait sur rien.

- Le couvre-plateau

Le couvre-plateau poursuit plusieurs buts : protéger le "fragile vinyle", offrir une bonne adhérence au disque, amortir les vibrations résiduelles se propageant dans le disque.

D'innombrables essais ont été réalisés, pour cerner au mieux les avantages et les défauts de différents matériaux.

Le plus répandu est le caoutchouc, soit lisse, soit rainuré. Dans ce cas, il est certainement prévu pour que la poussière se dépose au fond des rainures et ne soit pas plaquée sur le disque...

Les audiophiles japonais de leur côté ont souvent privilégié le couvre-plateau en peau de porc ; on a également très souvent des plateaux massifs en métal ou plexiglass sans aucun couvre-plateau.

Rega utilise un feutre soigneusement choisi pour ne pas étouffer la restitution tout en soulignant le côté musical analogique du support. Pas d'hyper-définition, une recherche de l'équilibre.

Divers avantages et inconvénients :

- Amortissement du plateau : Avec les plateaux classiques en métal de poids moyen, le couvre-plateau amortit les vibrations du plateau (il suffit de taper au doigt, avec et sans couvre-plateau pour entendre la différence).
Par contre, les plateaux très lourds ne "sonnent " pas. Couvre-plateau inutile dans ce cas.

- Amortissement du disque : Bien plus importante est l'action amortissante des vibrations du disque lui-même

Alors, faut-il privilégier le couvre-plateau le plus mou ? Non, car en général il absorbera trop les micro-vibrations et donnera un son mat et sans vie.

Faut-il supprimer le couvre-plateau ? Non, car dans la plupart des cas, cela apporte un son sec et artificiel.
Egalement, le disque étant plus bas, l'angle d'attaque de la cellule est augmenté...

Un bon compromis est à trouver : plusieurs marques ont produit des couvre-plateaux en caoutchouc très épais et assez dur, équilibrant au mieux l'amortissement par rapport à la vie et la fraîcheur de la restitution.

 

Une autre approche a permis de supprimer (sans problème de résonances) le couvre-plateau : l'aspiration du disque. Le 33 T est plaqué sur un plateau très massif par une pompe aspirante. Plus de vibrations résiduelles.
Mais c'est un dispositif complexe, donc cher...

- Le palet presseur :

Enfin, il ne faut pas oublier le palet presseur.
Réalisé soit dans un matériau lourd et inerte, soit plus léger mais qui se visse sur le plot central du plateau, il permet de plaquer le disque sur le couvre-plateau, avec une certaine force. Ici aussi on amortit les vibrations du disque.

J'ai longtemps utilisé un palet presseur léger (en vinyle) mais qui se fixait fermement sur l'axe du plateau, et j'y ai trouvé divers avantages : essentiellement un son net et précis, avec une excellente répartition spatiale des musiciens.
La platine (Thorens TD 115) avait son plateau caoutchouc d'origine.
On aurait pu gagner un peu en mettant un couvre-plateau caoutchouc plus massif. Aussi ai-je fini par remplir de masic silicone les profondes rainures du plateau, ce qui augmentait l'amortissement.

Cependant sur une Rega Planar au couvre-plateau de feutre, ce palet presseur s'est révélé inutile...

- Equilibrage de la platine :

C'est un réglage de base, qu'il ne faut pas négliger. En effet, le bras sera attiré vers le côté qui descend, et le réglage d'anti-skating complètement erroné ! Distorsions et usure du disque. On s'arrange pour que le plateau soit parfaitement horizontal. *

Un simple niveau à bulle (quelquefois incorporé) permet de placer des cales au bons endroits. Cependant s'il y en a trop, la platine n'est plus en contact ferme avec le support. On a intérêt à équilibrer le meuble lui-même.

* Il y a eu des expériences amusantes montrant des platines fonctionnant verticalement ; mais le réglage est très particulieret impossible à réaliser avec les platines courantes (le bras, parfaitement équilibré dans les 3 dimensions, doit être plaqué de force vers le disque).

 

- Nature du support de platine :

J'ai effleuré ici un autre domaine de recherches : l'influence de la nature du support sur la reproduction du disque vinyle.

On recommande un support assez lourd et inerte, pour mieux absorber les vibrations résiduelles. Un meuble trop léger et résonant ne convient pas.
Ne pas poser la platine sur le tuner ou autre appareil, non plus : support en tôle trop résonant !
Cependant les platines à contre-platine suspendue (devenues rares...) sont moins sensibles au support.

Mais à l'inverse, j'ai souvent entendu dire (je ne l'ai pas vérifié) qu'un support trop mat (directement sur un sol en béton massif par ex.) n'était pas bon non plus. Je m'interroge...

Que penser des meubles spécialisés ? :
Eh bien, que dans ce domaine ils ne sont pas souvent spécialisés. En général il s'agit de meubles audiovisuels prévus pour porter la télé et quelques sources numériques ou accessoires. Rien à dire pour cet usage.
Mais les grandes plaques de verre sonnent comme des cloches : à éviter. (Et comme en plus ce n'est pas donné...)
On peut donc se rabattre (pour la platine vinyle au moins) sur un meuble de bois massif, qui amortira sans étouffer ; ou une niche dans un mur, une étagère massive ...

- Matière et structure du disque :

Les 33 T étaient au départ assez épais et lourds (on sortait du 78 T, épais).
Puis, selon mes souvenirs, à partir de 68-70, on a allégé les disques. Dans le courant des années 70-80, les 33 et 45 T sont devenus hyper-légers.

Des problèmes sont apparus : essentiellement, ils se gondolaient très facilement, et surtout leur son était plus "flou" subjectivement. J'avais l'impression (cela n'engage que moi...) qu'ils offraient une courbe plus "physiologique", avec des basses et des aigus plus abondants mais moins précis.

Pour ces disques (il fallait bien faire avec...) l'usage du palet presseur paraissait presque indispensable pour retrouver une précision correcte.

Ensuite, à l'époque du numérique, les vinyles se concentrant dans le haut de gamme, on s'est remis à fabriquer des galettes lourdes (200 g). Celles-ci nous rendent modestes en ce qui concerne l'évolution musicale entre le numérique et l'analogique ... bien qu'elles présentent une usure et des distorsions à long terme.


 

Voila !

J'espère que ces quelques pages ont permis de survoler un peu les innombrables et importants détails qui constituent "l'art de faire des platines".

Si vous avez des remarques ou des suggestions, n'hésitez pas à me contacter !

Yves Ursch

 

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Cet article étant fait d'après mes souvenirs
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Mars 2007